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Trump suspend les droits de 50% sur le Canada, Keystone revient sur le radar des investisseurs

La pause tarifaire de trois jours décidée par Trump réduit le risque commercial immédiat, mais le principal enjeu énergétique tient au regain de soutien politique aux capacités canadiennes de transport par oléoduc. Voici les valeurs pétrolières et d’infrastructure les plus directement exposées — et les risques que les investisseurs ne doivent pas négliger.

par Equedia
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Un oléoduc traverse la prairie albertaine vers les raffineries américaines, illustrant le regain d’intérêt pour Keystone.

Donald Trump a suspendu pendant trois jours les nouveaux droits de douane de 50% sur certaines importations canadiennes, affirmant que les États-Unis et le Canada finalisent un accord commercial.

C’est un répit, pas un règlement.

Les droits devaient viser environ US$20 milliards de marchandises, notamment des produits tels que le vin, les produits laitiers, le ciment, les vêtements et les équipements de hockey. L’énergie canadienne était explicitement exemptée de cette série de droits de douane. Pour les investisseurs dans le pétrole et le gaz, le passage le plus important de l’annonce de Trump est celui où il suggère que l’oléoduc Keystone XL « pourrait être tiré de sa tombe ».

Cette déclaration replace le transport du pétrole canadien sur le radar des investisseurs. Elle ne signifie pas qu’un oléoduc a été autorisé, financé ou construit.

La suspension des droits de 50% est plus limitée que ne le suggère le titre

La proclamation de la Maison-Blanche suspend les nouveaux droits pendant trois jours. Trump affirme qu’un accord a été conclu. Le Premier ministre canadien Mark Carney déclare que des progrès substantiels ont été accomplis, mais qu’il reste encore un travail important à mener.

Ces deux affirmations peuvent être vraies. Les négociateurs peuvent disposer d’un accord de principe sans avoir finalisé le texte juridique.

Les investisseurs doivent également être précis sur la portée de la suspension. Il ne s’agissait pas de droits de douane de 50% sur chaque baril de brut canadien ni sur toutes les exportations canadiennes. L’énergie, la potasse et plusieurs autres catégories étaient exclues des nouveaux droits dès le départ.

Le bénéfice immédiat pour les marchés réside donc dans une réduction de l’incertitude commerciale, et non dans un allègement fiscal direct pour les producteurs de pétrole. Les exportateurs industriels canadiens, les entreprises de biens de consommation et les chaînes d’approvisionnement transfrontalières sont plus directement exposés à cette décision tarifaire. Les valeurs énergétiques en bénéficient surtout si la suspension réduit la prime de risque politique entourant le commerce entre le Canada et les États-Unis.

Cette distinction est importante. Comme nous l’avons déjà expliqué, les droits de douane influent sur les marchés par l’intermédiaire des coûts, des chaînes d’approvisionnement et de la confiance — et pas uniquement par leur taux affiché.

Keystone constitue le véritable signal pour l’énergie

Trump faisait référence à Keystone XL, le projet d’extension de 830,000 barils par jour annulé en 2021. Mais, aujourd’hui, le dossier d’investissement dans les oléoducs est plus complexe qu’un simple redémarrage de l’ancien projet d’un claquement de doigts.

Le réseau existant Keystone Pipeline System appartient désormais à South Bow Corp., et non à TC Energy. South Bow a été séparée de TC Energy en 2024 et détient les actifs d’oléoducs.

South Bow développe le projet Prairie Connector, qui doit relier Hardisty, en Alberta, à la frontière américaine. Il utiliserait environ 150 kilomètres de conduites déjà installées, ajouterait quelque 380 kilomètres de nouvelles conduites et se raccorderait aux infrastructures en aval proposées par Bridger Pipeline.

Le signal commercial est déjà significatif. South Bow indique avoir obtenu auprès de neuf clients des engagements fermes sur 20 ans portant sur un service de transport ferme de 465,000 barils par jour. La société vise une décision finale d’investissement à la mi-2027 et une mise en service vers 2029.

Le projet Prairie Connector actuel n’est pas identique au tracé initial de Keystone XL. Il doit encore obtenir les autorisations transfrontalières, mettre en place les raccordements en aval et le financement, être construit et se prémunir contre les retards judiciaires.

Le soutien de Trump peut réduire un risque majeur : celui que l’exécutif américain bloque le franchissement de la frontière. Il ne peut pas éliminer tous les autres risques.

Ce que changerait la réussite du projet

Les producteurs de l’Ouest canadien vendent une grande partie de leur brut lourd en utilisant comme référence le Western Canadian Select. Le WCS se négocie normalement avec une décote par rapport au West Texas Intermediate en raison des différences de qualité et des coûts de transport.

Lorsque les oléoducs d’exportation arrivent à saturation, cette décote peut fortement se creuser. Les producteurs canadiens perçoivent alors moins pour chaque baril concerné, même si le prix mondial du pétrole reste inchangé.

Une augmentation des capacités d’oléoducs peut avoir quatre effets positifs :

  • Réduire la décote du WCS : Une capacité d’évacuation accrue donne aux producteurs accès à davantage d’acheteurs et de marchés de raffinage.
  • Réduire la dépendance au transport ferroviaire du brut : Les oléoducs offrent généralement des coûts de transport inférieurs et des capacités plus prévisibles.
  • Soutenir la croissance de la production : Les projets de sables bitumineux à longue durée de vie deviennent plus faciles à développer lorsque les entreprises savent que les barils supplémentaires pourront atteindre le marché.
  • Renforcer la résilience du réseau : Des itinéraires supplémentaires sont importants pendant les périodes de maintenance, les interruptions ou les goulets d’étranglement régionaux.

L’ordre de grandeur est facile à comprendre. Pour 465,000 barils par jour, chaque amélioration de US$1 par baril du prix réalisé représente environ US$170 millions de valeur de marché brute annuelle sur l’ensemble des barils transportés. Il s’agit d’une illustration à l’échelle du secteur, et non d’une prévision ou d’une estimation de bénéfice.

Il existe toutefois une réserve importante. South Bow a indiqué que la production de l’Ouest canadien restait, à court terme, inférieure à la capacité totale d’évacuation par oléoduc. L’extension de Trans Mountain a également donné aux producteurs un meilleur accès à la côte Pacifique.

Une nouvelle liaison associée à Keystone présente donc davantage de valeur comme source de capacité, de fiabilité et de pouvoir de négociation à long terme que comme remède à une pénurie immédiate. Les investisseurs qui anticipent un effondrement immédiat de la décote du WCS vont plus vite que les faits.

Les entreprises les plus directement exposées

1. South Bow Corp. — TSX et NYSE : SOBO

South Bow constitue l’exposition boursière la plus directe, car elle détient le réseau Keystone existant et développe Prairie Connector.

Si le projet atteint le stade de la décision finale d’investissement, les contrats à long terme conclus avec les expéditeurs pourraient générer des flux de trésorerie supplémentaires fondés sur les péages. Le soutien politique de Washington peut également réduire l’incertitude entourant les autorisations et accroître les chances d’avancement du projet.

Le risque est tout aussi direct. South Bow doit maîtriser les coûts de construction, obtenir les autorisations réglementaires et financer le projet, tout en supportant une dette importante. Une annonce politique ne constitue pas encore une source de bénéfices.

2. Strathcona Resources — TSX : SCR

Strathcona présente l’une des sensibilités les plus nettes parmi les producteurs. Elle se définit comme un producteur exclusivement centré sur le pétrole lourd, et sa production du quatrième trimestre 2025 était entièrement constituée de liquides.

Une réduction durable du différentiel du WCS améliorerait le prix des barils de pétrole lourd non couverts. La société développe également sa production thermique, ce qui rend les futures capacités de transport stratégiquement utiles.

À court terme, l’effet serait atténué par les couvertures : Strathcona a indiqué qu’environ la moitié de son exposition au différentiel WCS Hardisty pour 2026 était couverte à US$12 par baril. Les couvertures limitent le risque baissier, mais retardent également une partie du potentiel de hausse.

3. Cenovus Energy — TSX et NYSE : CVE

Cenovus est l’un des principaux producteurs de sables bitumineux et a encore accru son exposition après avoir finalisé l’acquisition de MEG Energy à la fin de 2025. La société a annoncé une production record issue des sables bitumineux de 726,600 barils équivalent pétrole par jour au quatrième trimestre.

Cette taille confère à Cenovus une forte exposition, en valeur absolue, à l’amélioration des prix du pétrole lourd canadien et à l’augmentation des capacités d’exportation. Ses actifs à longue durée de vie pourraient également soutenir sa croissance future si les contraintes de transport restent maîtrisées.

Cenovus est toutefois un groupe intégré. Ses raffineries américaines peuvent bénéficier de matières premières canadiennes décotées, ce qui compense en partie la faiblesse de l’amont lorsque la décote du WCS se creuse. Une décote plus faible profite aux activités en amont, mais peut réduire une partie de cet avantage dans le raffinage.

4. Canadian Natural Resources — TSX et NYSE : CNQ

Canadian Natural a fait état d’une production record de liquides en 2025, à environ 1.15 million de barils par jour. Sa taille, ses réserves à longue durée de vie et sa forte présence dans les sables bitumineux en font l’un des principaux bénéficiaires d’un accès plus fiable aux marchés.

L’exposition n’est pas pure. La société a indiqué que 65% de sa production de liquides en 2025 était constituée de pétrole brut synthétique, de pétrole léger et de liquides de gaz naturel, plutôt que de barils directement exposés à la décote du pétrole lourd. Les volumes de pétrole lourd restants demeurent néanmoins importants en valeur absolue.

Pour les investisseurs qui recherchent un producteur diversifié plutôt qu’un pari sur un seul projet, CNQ offre un potentiel de hausse lié aux oléoducs tout en dépendant moins d’un indice de référence ou d’un actif unique.

À surveiller également : Gibson Energy — TSX : GEI

Gibson possède environ 14 millions de barils de capacités de stockage à Hardisty, point de départ de Prairie Connector, et affirme que son terminal intervient dans l’acheminement d’un baril sur quatre exporté depuis l’Ouest canadien.

L’augmentation des volumes transportés et les nouveaux raccordements pourraient créer des opportunités dans les terminaux et les infrastructures. Mais le bénéfice est moins automatique que pour South Bow. La réduction des congestions peut également diminuer la valeur des opérations d’arbitrage fondées sur le stockage : les investisseurs doivent donc attendre l’annonce de contrats précis ou de projets officiellement approuvés.

Les prochains éléments à surveiller

La suspension des droits de douane ne dure que trois jours. Le premier catalyseur sera le texte définitif de l’accord commercial, et non une nouvelle publication sur les réseaux sociaux. Reuters a rapporté que les responsables américains n’avaient pas publié de conditions détaillées et que le Canada n’avait pas confirmé le contenu d’un accord finalisé.

Ensuite, le dossier d’investissement Keystone dépendra d’étapes mesurables :

  1. Un accord commercial définitif entre le Canada et les États-Unis et le traitement des droits sectoriels existants.
  2. Un permis présidentiel américain ou toute autre autorisation transfrontalière requise.
  3. Une décision finale d’investissement de South Bow et de ses partenaires.
  4. Un budget d’investissement, un plan de financement et un calendrier de construction crédibles.
  5. L’achèvement des liaisons en aval vers Cushing et les marchés du raffinage de la côte du Golfe.
  6. La preuve que la croissance de l’offre de l’Ouest canadien nécessitera cette capacité supplémentaire.

Les contentieux environnementaux, la consultation des peuples autochtones, les élections et l’inflation des coûts restent des risques réels. Le risque lié au prix du pétrole l’est également. Un oléoduc peut améliorer le prix perçu par un producteur par rapport au WTI, mais il ne peut pas protéger les actionnaires contre un repli mondial du brut.

Ce qu’il faut retenir pour les investisseurs

La suspension des droits de douane écarte une menace immédiate pour un groupe limité d’exportations canadiennes. Elle ne met pas fin au différend commercial et ne modifie pas directement le traitement tarifaire du pétrole canadien.

L’évolution la plus importante est politique : les infrastructures liées à Keystone sont passées du statut de projet abandonné à celui de sujet de négociation concret, alors que South Bow développe déjà un projet bénéficiant d’engagements commerciaux.

South Bow présente l’exposition la plus directe au projet. Strathcona affiche la plus forte sensibilité au pétrole lourd. Cenovus et Canadian Natural offrent la plus grande exposition parmi les producteurs diversifiés. Gibson constitue une valeur d’infrastructure à surveiller en second lieu.

L’opportunité est réelle, mais elle se mesure en autorisations, en contrats et en années — pas à l’aune d’une simple suspension tarifaire de trois jours. Les investisseurs doivent surveiller les différentes étapes et le différentiel WCS-WTI plutôt que courir après les gros titres.

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