La plus grande banque américaine et la première puissance mondiale achètent ce que vous vendez.

Le marché vend ce qu’achètent JPMorgan et Washington. Une échéance imminente pourrait inverser la tendance.

par Equedia21 min read

Un dépôt de minéraux critiques illuminé se trouve derrière d’immenses portes d’acier creusées dans une montagne, sous un ciel d’orage.
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Sept jours en novembre

Une nomination dans la plus grande banque américaine, une échéance enfouie dans les clauses d’un accord commercial et un programme public oublié, lancé en 1951. Trois indices qui convergent vers les sept mêmes jours de novembre.

Il s’est passé quelque chose d’étrange à Wall Street cette semaine.

Et personne ne l’a remarqué.

Mardi dernier, la banque la plus puissante des États-Unis a confié à un dirigeant une mission très précise : trouver où investir ses fonds dans un segment particulier du marché.

Mercredi matin, l’une des valeurs les plus suivies de ce même segment se dirigeait vers un nouveau plus bas sur 52 semaines.

Cette banque, c’est JPMorgan. Et lorsqu’elle prend discrètement une décision de cette ampleur, c’est qu’elle se prépare à quelque chose.

Le nouveau responsable s’appelle Andrew Frame. Il est chargé de piloter les investissements dans le cadre de la Security and Resiliency Initiative, un programme de $1.5 trillion qui prévoit également $10 billion de prises de participation directes et d’investissements en capital-risque.

Mais dans quel domaine ?

Les minéraux critiques

L’action qui reculait était celle de USA Rare Earth. Elle s’acheminait ce matin-là vers une sixième séance consécutive de baisse et se situait environ 70% sous le record de $42 atteint exactement un an plus tôt.

Elle était loin d’être la seule. 

MP Materials, dont le Pentagone est devenu le principal actionnaire en 2025, est passée d’environ $52 il y a cinq semaines à quelque $40 cette semaine. L’an dernier, elle avait atteint $100.

Prenez un instant pour mesurer le contraste. 

La plus grande banque américaine constitue une équipe pour financer un secteur que le marché traite comme s’il était condamné.

Soit le marché sait quelque chose que JPMorgan ignore, soit JPMorgan sait quelque chose que le marché a oublié.

Selon vous, qui a raison ?

La réponse ne figurait pas dans les gros titres. Elle se trouvait dans les détails de l’accord commercial conclu le mois dernier, dans un audit du Pentagone et dans un vieil annuaire gouvernemental des minéraux des années 1950. Ce dernier raconte comment les États-Unis ont autrefois résolu exactement le même problème, et pourquoi cette solution a disparu.

Tout se joue autour de deux dates, séparées d’exactement une semaine.

La première figure déjà dans l’agenda de tous les investisseurs. La seconde se cache dans les clauses de l’accord, et presque personne n’en parle.

Notez ces dates

La première est le 3 novembre, jour où les Américains voteront aux élections de mi-mandat pour décider qui contrôlera le Congrès pendant les deux dernières années de cette présidence.

La seconde est le 10 novembre.

C’est la date prévue pour l’expiration de la suspension, par la Chine, de ses contrôles les plus stricts sur les exportations de terres rares. Pékin avait annoncé ces règles en octobre 2025 : elles imposaient une licence pour les biens fabriqués n’importe où dans le monde dès lors qu’ils contenaient des terres rares d’origine chinoise représentant plus de 0.1% de la valeur d’un composant. https://equedia.com/a-trillion-dollar-trade-hiding-in-plain-sight

Vous avez peut-être lu que la trêve commerciale entre les États-Unis et la Chine avait été prolongée lors du sommet tenu le mois dernier à Washington. C’est vrai, en partie. Après la visite d’État de Xi Jinping fin septembre, le Trésor a annoncé que la trêve tarifaire générale courrait jusqu’au 10 janvier 2027, même si cette prolongation n’a pas encore été officiellement consignée au Federal Register.

Certains médias en ont déduit que le répit concernant les terres rares était inclus dans cette prolongation. Les clauses détaillées disent le contraire. 

L’équipe de Thomson Reuters spécialisée dans la conformité commerciale, qui suit les textes réglementaires plutôt que les communiqués de presse, souligne que les règles chinoises sur les terres rares à portée extraterritoriale sont totalement exclues du nouvel accord tarifaire.

Selon Thomson Reuters :

« … le sommet de septembre ne l’a pas prolongée. »

Pékin pourrait encore prolonger la suspension à la dernière minute. J’expliquerai bientôt pourquoi même cette issue ne remettrait pas en cause mon analyse. Mais cette échéance est inscrite au calendrier, et elle n’est pas la seule.

Dix-sept jours plus tard, le 27 novembre, expirera aussi la suspension de l’interdiction pure et simple d’exporter du gallium, du germanium et de l’antimoine chinois vers les États-Unis. 

Puis, le 1er janvier 2027, une règle d’approvisionnement du Pentagone entrera en vigueur. Elle exclura des contrats de défense américains les aimants en terres rares, le tungstène et le tantale extraits, raffinés ou produits en Chine, en Russie, en Iran ou en Corée du Nord, quelle que soit la teneur d’une éventuelle trêve (Crowell & Moring).

Placez maintenant ces échéances à côté du graphique des cours : vous verrez exactement ce que le marché interprète à l’envers.

La chute des valeurs des minéraux critiques ces derniers mois ne vient pas de la disparition de la pénurie. Elle vient du brouillard entretenu par les annonces des sommets, par une Réserve fédérale qui a recommencé à relever ses taux et par un marché qui vend d’abord et pose des questions ensuite dès qu’une entreprise ne réalise pas encore de chiffre d’affaires.

Ce brouillard commencera à se dissiper en novembre, puis en janvier. 

Une fois les votes dépouillés et les intentions de Pékin dévoilées, les investisseurs devront intégrer dans les cours ce qui se passe réellement dans la chaîne d’approvisionnement, plutôt que ce qu’ils espèrent y voir.

Pour les investisseurs patients, munis d’une liste de valeurs à surveiller, les semaines qui précèdent et suivent les élections de mi-mandat pourraient offrir l’un des meilleurs points d’entrée qu’ait connus ce secteur depuis le début de son essor.

Le 3 novembre, les Américains décideront qui contrôle le Congrès. Une semaine plus tard, Pékin rappellera au monde qui contrôle la chaîne d’approvisionnement.

Mais avant d’en venir à novembre, il faut comprendre pourquoi les actions ont baissé. Les raisons de ce recul en disent long sur leur évolution possible.

Ce que vendaient vraiment les investisseurs

La vague de ventes a véritablement commencé en septembre, sous l’effet d’un déclencheur bien précis.

Le 10 septembre, alors que circulaient des informations selon lesquelles le président Trump et Xi Jinping se rencontreraient à Washington pour prolonger la trêve de l’année précédente, les actions des terres rares ont plongé. L’ETF VanEck consacré aux terres rares a perdu 5% ce jour-là, tandis que le S&P 500 cédait environ un demi-point de pourcentage. Aucune des principales entreprises du secteur n’avait publié de nouvelle.

La logique de ce mouvement est simple : la valorisation des producteurs et développeurs américains repose sur la rareté créée par la maîtrise chinoise de la chaîne d’approvisionnement.

Quand Washington et Pékin semblent se rapprocher, la prime liée à cette rareté s’évapore des cours. 

Ce fut la première phase de baisse. La deuxième est arrivée six jours plus tard. 

Le 16 septembre, la Réserve fédérale dirigée par Kevin Warsh a relevé ses taux pour la première fois depuis 2023, les portant dans une fourchette de 3.75% à 4.00%. Parmi ses responsables, 16 sur 18 anticipaient au moins une nouvelle hausse avant la fin de l’année.

Des taux plus élevés agissent comme une taxe sur les entreprises qui ont besoin de capitaux. Or, peu d’entreprises en ont autant besoin que celles qui construisent une mine, une raffinerie ou une usine d’aimants. Les échanges l’ont montré : début octobre, les ventes ont frappé surtout les entreprises qui développaient encore leurs capacités, tandis que les producteurs réalisant déjà du chiffre d’affaires ont mieux résisté.

USA Rare Earth, qui a lancé en septembre la construction en Caroline du Sud d’une usine d’aimants d’environ $1.2 billion, dont la mise en service n’est pas prévue avant 2028, a notamment été pénalisée parce que ses remboursements publics dépendent d’étapes qu’elle n’a pas encore franchies.

Puis est venu le dernier coup. 

En début de semaine, alors que le Nasdaq connaissait sa pire séance depuis juillet, aucun événement propre à USA Rare Earth n’expliquait sa dernière baisse : seule pesait la pression générale du marché sur un secteur à bêta élevé.

Remarquez ce qui manque dans cette liste : aucune de ces raisons n’a ajouté le moindre kilogramme de dysprosium à l’approvisionnement américain.

En réalité, le marché physique est allé dans l’autre sens. Les expéditions chinoises d’aimants en terres rares vers les États-Unis sont tombées à 512 tonnes en août, soit une baisse de 20% par rapport à juillet (Rare Earth Exchanges).

Le prix de l’oxyde d’yttrium, utilisé dans les revêtements des moteurs d’avion, les radars et la fabrication de semi-conducteurs, a été multiplié par environ 140 hors de Chine depuis le début du régime de licences de Pékin. Il atteignait environ $1,100 le kilogramme en mai, et deux entreprises nord-américaines qui l’utilisent dans les revêtements de moteurs ont dû suspendre temporairement leur production (Tech Times).

Quant aux contrôles instaurés en avril 2025 sur sept terres rares moyennes et lourdes, dont le dysprosium, le terbium et l’yttrium, ils n’ont jamais été suspendus.

Autrement dit, le marché a vendu l’idée d’un dégel. Mais ce dégel n’a jamais atteint la chaîne d’approvisionnement.

Et si vous examinez de près ce qui est réellement sorti du sommet de septembre, vous comprendrez pourquoi il pourrait ne jamais l’atteindre.

Une pause, pas un nouveau départ

Le 24 septembre, Trump a reçu Xi à la Maison-Blanche. Le résultat concret fut une prolongation de deux mois de la trêve tarifaire et un dispositif d’allègements « 30-for-30 » portant sur une liste limitée de produits, comme les jouets, les textiles de maison, le petit électroménager et les produits agricoles (Thomson Reuters).

Mais regardez ce que les deux parties en ont délibérément exclu : les semi-conducteurs, les véhicules électriques, les batteries et les terres rares. 

Aucun des deux gouvernements n’était prêt à mettre ses matières stratégiques sur la table.

Autrement dit, le poids de ces matières stratégiques ne peut être sous-estimé. 

L’Agence internationale de l’énergie estime que l’application intégrale des contrôles élargis de la Chine pourrait mettre en péril environ $6.5 trillion de production annuelle en aval hors de Chine, dans l’automobile, les technologies de pointe, la défense et l’énergie (AIE, via Tech Times).

Deux semaines après le sommet, Pékin a encore clarifié ses intentions. 

Le 9 octobre, exactement un an après avoir dévoilé ses vastes règles sur les terres rares, le Comité central du Parti communiste et le Conseil des affaires d’État chinois ont publié des directives conjointes. Selon les analystes, elles consacrent officiellement la doctrine qui sous-tend ces règles : maîtriser la transformation des minéraux critiques, exploiter cette maîtrise pour dominer l’industrie manufacturière, puis convertir cette domination industrielle en avance sur les technologies de demain (Tech Times).

Le même jour, le responsable du commerce de l’Union européenne est reparti de Pékin avec guère plus qu’une promesse : la Chine continuerait à traiter en priorité les demandes de licences d’exportation de terres rares, dans un système qu’elle administre à sa discrétion. L’Europe a obtenu un accès encadré à l’offre chinoise, pas un moyen de sortir de sa dépendance.

Et pour ceux qui penseraient que cette arme a été remisée, Pékin a interrompu en janvier ses exportations de terres rares vers plusieurs entreprises japonaises, alors même que sa trêve avec Washington était en vigueur.

Si tout cela vous semble familier, c’est normal.

En juin, dans Un marché à mille milliards de dollars sous nos yeux, nous avertissions que la trêve de l’an dernier n’avait rien désarmé.

« La Chine n’a pas démonté l’arme ; elle a simplement remis le cran de sûreté… pour un an. »

Cette année touche à sa fin.

Les sceptiques ont toutefois un argument historique, qu’il faut prendre au sérieux.

Nous avons déjà vu ce scénario. 

En septembre 2010, après un incident maritime en mer de Chine orientale, la Chine a interrompu ses exportations de terres rares vers le Japon. Les prix ont explosé et les actions occidentales du secteur se sont envolées (audition à la Chambre des représentants des États-Unis, 2011).

Puis, en 2014, l’Organisation mondiale du commerce a condamné les quotas d’exportation chinois. Pékin s’est conformé à la décision, les prix ont chuté et l’industrie occidentale de transformation qui devait voir le jour n’a jamais été construite. Molycorp, alors propriétaire de la mine de Mountain Pass qu’exploite aujourd’hui MP Materials, a déposé le bilan en 2015.

C’est sur la répétition de cette histoire que misent les vendeurs : un dégel, un effondrement des prix et un nouveau cimetière de projets miniers occidentaux.

Mais ils négligent une différence essentielle. 

En 2011, personne ne soutenait ces entreprises. Aujourd’hui, elles ont un soutien, doté des moyens financiers les plus considérables au monde.

Pour comprendre en quoi cela change la donne, il faut remonter à 1951.

L’acheteur de dernier recours

En 1951, alors que la guerre de Corée faisait rage et que les stocks américains étaient dangereusement bas, Washington a utilisé le Defense Production Act pour prendre une mesure qui semblerait radicale aujourd’hui. Pendant cinq ans, le gouvernement s’est engagé à acheter la totalité du concentré de tungstène produit aux États-Unis qui lui serait proposé, à un prix garanti de $63 par short-ton unit (commission des finances du Sénat américain).

En 1954, ce prix représentait deux à quatre fois le prix du marché mondial. La production américaine de tungstène a atteint un record historique cette année-là, après cinq années consécutives de hausse (Minerals Yearbook, 1954). 

Dans le comté de Boulder, au Colorado, la production est passée d’environ 1,900 pounds en 1949 à quelque 383,000 pounds en 1953 (US Bureau of Mines).

Puis les achats ont cessé. 

Le programme d’achats publics étant pratiquement achevé en 1958, la production nationale a été réduite si brutalement qu’au second semestre de cette année-là, seuls deux producteurs étaient encore en activité (Minerals Yearbook, 1958).

La leçon devrait être connue de tout investisseur dans les matières premières. Ce n’est pas la géologie qui déterminait si les États-Unis disposaient de tungstène : c’était l’acheteur. Quand Washington payait, l’offre apparaissait. Quand Washington s’est retiré, elle a disparu.

Regardez maintenant qui soutient les entreprises actuelles des minéraux critiques.

En juillet 2025, le Pentagone a pris une participation qui en a fait le principal actionnaire de MP Materials, garanti un prix plancher de $110 le kilogramme pour son néodyme-praséodyme et accepté d’acheter pendant dix ans l’intégralité de la production d’une nouvelle usine d’aimants (MP Materials). Depuis, Washington a soutenu une initiative de l’Export-Import Bank d’environ $10 billion, baptisée Project Vault, destinée à constituer une réserve stratégique de minéraux critiques (mission américaine auprès de l’ASEAN).

Et en janvier, une proclamation présidentielle a déclaré que les importations de minéraux critiques transformés menaçaient la sécurité nationale, en rappelant que les États-Unis dépendent à 100% des importations pour 12 minéraux jugés critiques (proclamation de la Maison-Blanche).

Puis la guerre a changé les calculs.

La campagne américano-israélienne contre l’Iran, commencée fin février, a consommé des munitions américaines à un rythme vertigineux. Lorsque les combats de grande ampleur ont cessé en avril, le Pentagone avait tiré au moins la moitié de ses intercepteurs THAAD, près de la moitié de ses intercepteurs Patriot et environ 30% de ses missiles de croisière Tomahawk, selon des chiffres du CSIS cités par CNN.

Le mois dernier, l’inspecteur général du Pentagone a lui-même conclu que la campagne avait créé des pénuries stratégiques et révélé des goulets d’étranglement dans la capacité de la base industrielle de défense à reconstituer les stocks. Son rapport précise également ce que le ministère entreprend désormais.

Selon Anadolu Agency, qui cite le rapport de l’inspecteur général, le Pentagone s’emploie à :

« constituer des stocks de matières critiques, de composants et de certaines munitions afin de répondre rapidement à une situation d’urgence. »

Chaque intercepteur et chaque missile de croisière tiré au-dessus de l’Iran doit être remplacé. Comme le soulignait Foreign Policy quelques jours après les premières frappes, reconstituer ces stocks suppose de s’appuyer sur des chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques vulnérables (Foreign Policy).

La Maison-Blanche a demandé au Congrès une enveloppe d’urgence supplémentaire de $87.6 billion, dont $21 billion expressément destinés aux munitions (Anadolu Agency), en plus d’une demande de budget de défense de $1.5 trillion pour l’exercice 2027 (Fortune).

Voici le lien que la plupart des observateurs ne font pas.

Même pendant la trêve, l’interdiction chinoise d’exporter des biens à double usage vers les utilisateurs militaires américains est restée pleinement en vigueur (Mining Technology). Et à partir du 1er janvier, les règles du Pentagone excluront de toute façon les aimants et le tungstène d’origine chinoise de sa chaîne d’approvisionnement. Un dégel peut modifier ce que la Chine vend à Detroit, mais pas ce que le Pentagone a légalement le droit d’acheter.

Voilà aussi pourquoi une prolongation de dernière minute de la suspension chinoise ne remettrait pas en cause cette thèse. 

Chaque prolongation rappelle que l’approvisionnement de l’Occident dépend du bon vouloir de Pékin. C’est précisément ce risque que le Pentagone, le Congrès et désormais Wall Street sont prêts à payer pour éliminer.

Ce qui nous ramène à JPMorgan.

En juin 2025, dans Comment profiter de l’essor des minéraux critiques, nous avions relevé une remarque de Jamie Dimon qu’une grande partie de la presse financière avait traitée comme une simple digression.

« Nous ne devrions pas stocker du Bitcoin, mais des armes, des munitions… et des terres rares. »

Dans cette même lettre, nous vous indiquions que les banques et les investisseurs institutionnels recherchaient activement des actifs miniers américains, notamment des projets associant antimoine et or, comme celui de Perpetua Resources. Quatre mois plus tard, JPMorgan lançait son initiative de $1.5 trillion. L’un de ses premiers investissements marquants fut une prise de participation de référence de US$75 million dans Perpetua. 

Et cette semaine, la banque a confié l’ensemble de ses efforts dans les minéraux critiques à un responsable dédié.

Deux montants de $1.5 trillion sont donc désormais en jeu : l’un vient de la plus grande banque américaine, l’autre de la plus grande armée du monde. Tous deux visent la même vulnérabilité.

L’ironie est là. Les entreprises qui développent de nouvelles capacités sont vendues parce que les investisseurs craignent qu’elles ne puissent pas se financer dans un monde de taux en hausse. Au même moment, le plus grand financier américain vient de créer une équipe dont la mission est précisément de les financer.

L’histoire de 1951 invite cependant à la prudence. 

Ce programme ne s’est pas achevé parce que les États-Unis avaient soudain découvert leur propre tungstène bon marché. Il a pris fin parce que Washington a cessé d’acheter. Les mines ont fermé dans la foulée.

La seule question qui compte vraiment le 3 novembre est donc de savoir si le prochain Congrès continuera à payer.

Ce que le vote peut changer, et ce qu’il ne peut pas changer

Si les prévisions se confirment, c’est un Washington divisé qui apportera la réponse.

Selon le Council on Foreign Relations :

« Les démocrates ont toutes les chances de prendre le contrôle de la Chambre des représentants, à moins de laisser échapper cette occasion. »

Le Sénat est plus incertain, le modèle du New York Times ne donnant qu’un léger avantage aux démocrates (Action Network).

Une Chambre démocrate mettrait-elle fin au soutien aux minéraux critiques ?

Regardons qui rédige réellement les textes. 

La proposition la plus ambitieuse au Congrès, le SECURE Minerals Act, créerait une Strategic Resilience Reserve dotée de $2.5 billion et administrée par un conseil conçu sur le modèle de la Réserve fédérale. Elle serait habilitée à acheter des minéraux critiques au-dessus des prix du marché afin que les producteurs américains puissent résister aux manipulations des prix par la Chine. Ses promoteurs au Sénat sont la démocrate Jeanne Shaheen et le républicain Todd Young (Axios).

Autrement dit, une démocrate et un républicain ont rédigé ensemble un texte qui ferait de Washington un acheteur de dernier recours permanent, prêt à payer plus que le marché. C’est le programme du tungstène de 1951, réinventé avec un conseil inspiré de la Fed.

Le sénateur Young a résumé sa motivation en une phrase.

Selon Tech Times, qui cite le sénateur Todd Young :

« La domination mondiale de la Chine sur les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques lui donne un levier considérable. »

De son côté, la Chambre des représentants a déjà adopté le Critical Mineral Dominance Act par 224 voix contre 195, avec le soutien de certains démocrates. Et le critique démocrate le plus virulent du dispositif républicain, Frank Pallone, chef de file de son parti à la commission de l’énergie et du commerce, lui reprochait de ne pas en faire assez pour sécuriser réellement l’approvisionnement, et non d’en faire trop. 

Les deux partis se disputent donc sur la manière de réduire la dépendance envers Pékin en matière de minéraux, pas sur la nécessité de le faire.

Lorsque des textes autonomes sont bloqués, les dispositions relatives à la sécurité des approvisionnements minéraux sont aussi souvent intégrées au National Defense Authorization Act, la loi de défense que le Congrès doit impérativement adopter. Alors qu’il faut encore reconstituer les stocks de munitions après l’Iran, on imagine mal l’un ou l’autre parti faire campagne en promettant d’affamer la chaîne d’approvisionnement de la défense.

L’histoire des marchés après le scrutin apporte un autre éclairage.

Depuis 1938, le S&P 500 a progressé au cours des 12 mois suivant une élection de mi-mandat dans environ 95% des cas, avec une performance moyenne proche de 14% (Fidelity). Selon les recherches de U.S. Bank, l’indice a gagné en moyenne seulement 2.9% dans l’année précédant les élections de mi-mandat, contre 12.4% dans l’année qui suivait (U.S. Bank).

Et selon une analyse du Motley Fool fondée sur les données de Robert Shiller, lorsqu’une élection de mi-mandat a placé un président républicain face à un pouvoir divisé, le marché était en hausse un an plus tard dans 93% des cas (Stacker).

L’explication de Fidelity est la plus importante : les faibles performances des années d’élections de mi-mandat ont généralement reflété l’incertitude politique avant le scrutin, et non une préférence du marché pour l’un ou l’autre parti. 

Appliquez maintenant ce constat à un secteur dont toute la valorisation dépend des prochaines décisions de Washington. Si le marché dans son ensemble tend à souffler après des élections de mi-mandat, les actions des minéraux critiques ont encore plus d’incertitude à dissiper.

Il existe une autre raison de faire preuve de patience. 

Les semaines suivant le vote coïncident avec la période des ventes à perte à des fins fiscales : les investisseurs cèdent leurs positions perdantes avant le 31 décembre afin de constater des moins-values. Cette année, les valeurs des minéraux critiques figurent parmi les plus fortes baisses de nombreux portefeuilles, notamment sur le TSX Venture. Ces ventes n’ont rien à voir avec les fondamentaux, mais elles pèsent bel et bien sur les cours.

Nous avons déjà vu cette configuration se produire. 

Il y a un an, juste après la trêve de Busan, le marché s’est débarrassé de tout le secteur des minéraux critiques à la lecture des titres annonçant un accord entre Washington et Pékin. Pourtant, dès la deuxième semaine de janvier, Critical Metals, l’une des valeurs les plus volatiles du secteur, avait plus que doublé depuis le début de l’année.

La situation est donc claire. Le soutien des pouvoirs publics semble devoir survivre à l’élection, le marché a historiquement progressé une fois le scrutin passé et une vague de ventes saisonnières est sur le point de coïncider avec les échéances de novembre.

Qu’est-ce que cela implique pour les investisseurs ? 

À nos yeux, cela les place là où les capitaux les mieux informés ont tendance à se positionner à ce stade de chaque cycle des matières premières.

La troisième étape

Tous les grands cycles des matières premières que nous avons observés au cours des 20 dernières années ont suivi le même schéma. 

D’abord, la politique change. Ensuite, une poignée d’investisseurs précoces se positionne. Puis les grandes institutions arrivent, et les valorisations sont rapidement révisées à la hausse : les nouveaux acheteurs disposent soudain de milliards, et non plus de millions.

Dans le cas présent, il pourrait même être question de milliers de milliards. 

Les minéraux critiques ont atteint la troisième étape. 

Le Pentagone est actionnaire, le Congrès travaille à la création d’un acheteur de dernier recours inspiré de la Fed, et la plus grande banque américaine vient de nommer un responsable chargé d’investir dans le secteur. Pourtant, les cours sont fixés comme si nous en étions revenus à la première étape, à attendre encore de savoir si tout cela est réel.

Nous avons anticipé cette évolution à plus d’une reprise. 

En mai 2025, dans Les plus grands acteurs sont entrés en scène. Et vous ?, nous vous expliquions que BHP, BlackRock et même les Saoudiens se tournaient vers les métaux stratégiques. Une semaine plus tard, nous relevions l’appel de Dimon à constituer des stocks de terres rares, plusieurs mois avant que JPMorgan ne lance son initiative de $1.5 trillion.

Et en juin dernier, nous avertissions que la Chine n’avait remis le cran de sûreté que pour un an, et qu’une échéance fixée par le Pentagone à janvier 2027 constituait une bombe à retardement à mille milliards de dollars pour les fournisseurs de la défense. Ces deux échéances arrivent maintenant dans les semaines qui suivent les élections de mi-mandat.

Il n’a fallu aucune boule de cristal pour le prévoir. Il a suffi de lire les clauses détaillées pendant que tout le monde lisait les gros titres.

Comment les investisseurs pourraient-ils aborder la période qui s’ouvre ? Voici notre approche.

Suivez la réglementation, pas les étiquettes. Concentrez-vous sur les métaux pour lesquels les règles publiques créent la demande. La règle du Pentagone applicable en janvier couvre les aimants en terres rares, le tungstène et le tantale, tandis que l’interdiction chinoise visant spécifiquement les États-Unis porte sur le gallium, le germanium et l’antimoine. L’yttrium et les terres rares lourdes restent soumis au régime de licences instauré par la Chine en avril 2025. Tout ce qu’on appelle « minéral critique » n’est toutefois pas rare. Pour le nickel, par exemple, les prévisions viennent de passer d’une pénurie à un excédent.

Privilégiez la qualité aux promesses. Tant que la Fed relève ses taux, une entreprise obligée de lever des fonds au plus bas des cours présente un profil très différent de celui d’une société qui réalise déjà du chiffre d’affaires, bénéficie d’un soutien public ou dispose d’un bilan solide. L’écart de performance entre les entreprises qui construisent leurs capacités et celles qui produisent déjà cet automne en est l’illustration. La géographie compte aussi : les gisements les plus intéressants se trouvent là où un banquier de JPMorgan ou un responsable de programme du Pentagone peut réellement conclure un accord. Aux États-Unis, par exemple !

Gardez un œil sur le calendrier. Ne cherchez pas à prévoir le point bas exact. Constituez dès maintenant votre liste de valeurs à suivre et faites vos recherches avant le vote. La période déterminante commence le 3 novembre et englobe les échéances des 10 et 27 novembre, la règle du Pentagone du 1er janvier et la fin de la trêve le 10 janvier, en plein cœur de la saison des ventes à perte à des fins fiscales. Nous étudions déjà quelques dossiers très précis du secteur que nous comptons vous présenter : restez à l’écoute !

N’oubliez pas les risques. Pékin pourrait prolonger de nouveau sa suspension. L’annonce risquerait de faire baisser ces actions, même si elle ne change rien pour le Pentagone. La Fed pourrait encore relever ses taux. Beaucoup d’entreprises développant de nouvelles capacités devront toujours lever des fonds, et les $1.5 trillion de JPMorgan représentent une ambition de financement, pas des capitaux déjà engagés.

Dans les années 1950, Washington acceptait de payer jusqu’à quatre fois le prix mondial du tungstène produit aux États-Unis plutôt que de risquer de mener une guerre sans en disposer. Soixante-quinze ans plus tard, il prend à nouveau la même décision, avec des moyens bien plus importants, une règle du Pentagone assortie d’une échéance ferme et la plus grande banque américaine à ses côtés.

Le marché vend l’idée que la crise est terminée. Washington et Wall Street, eux, investissent discrètement dans la pénurie.

Le 3 novembre, les Américains décideront qui contrôle le Congrès. Le 10 novembre, Pékin rappellera à tous qui contrôle la chaîne d’approvisionnement.

Je sais de quel côté de ce pari je préfère me trouver.

Cherchez la vérité et tenez-vous prêts,

Carlisle Kane

The Equedia Letter

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Sources

•      The Northern Miner : JPMorgan nomme un responsable des minéraux critiques pour son initiative de $1.5T (13 octobre 2026)

•      Schaeffer’s Investment Research : Une action des terres rares poursuit sa baisse et approche d’un plus bas sur 52 semaines (14 octobre 2026)

•      24/7 Wall St. : USA Rare Earth gagne 4% après un mois de baisse (15 octobre 2026)

•      24/7 Wall St. : Critical Metals progresse de 4% après le projet de Trump d’explorer les minéraux du Groenland (14 octobre 2026)

•      24/7 Wall St. : USA Rare Earth perd 6%, les financements publics restant conditionnés à des étapes futures (12 octobre 2026)

•      24/7 Wall St. : USA Rare Earth recule de 5% pour une deuxième séance consécutive (8 octobre 2026)

•      24/7 Wall St., via Yahoo Finance : Les actions des terres rares chutent dans l’espoir d’un dégel entre les États-Unis et la Chine (10 septembre 2026)

•      AAII : Pourquoi l’action MP Materials Corp. (MP) baisse de 7.12% (31 juillet 2026)

•      Thomson Reuters Tax & Accounting : Prolongation de la trêve commerciale entre les États-Unis et la Chine : pourquoi les équipes de conformité ne peuvent pas attendre janvier (12 octobre 2026)

•      Rare Earth Exchanges : Trump et Xi prolongent la trêve commerciale jusqu’au 10 janvier (24 septembre 2026)

•      Mining Technology : La Chine suspend l’interdiction d’exporter du gallium, du germanium et de l’antimoine vers les États-Unis (novembre 2025)

•      Crowell & Moring : Le ministère de la Défense élargit les restrictions visant la chaîne d’approvisionnement en certains aimants, en tantale et en tungstène

•      Reuters, via Honolulu Star-Advertiser : La Fed relève ses taux et laisse entrevoir un nouveau resserrement (16 septembre 2026)

•      Tech Times : Le Congrès veut réduire l’emprise chinoise sur les terres rares avant l’échéance de novembre (6 octobre 2026)

•      Tech Times : La doctrine industrielle chinoise d’octobre officialise l’usage stratégique des terres rares (13 octobre 2026)

•      Chambre des représentants des États-Unis : Le monopole chinois sur les terres rares : conséquences pour la politique étrangère et la sécurité des États-Unis (21 septembre 2011)

•      Commission des finances du Sénat américain : Suspension des droits d’importation sur le tungstène, rapport 82-1136

•      US Bureau of Mines : Annuaire des minéraux 1954, tungstène

•      US Bureau of Mines : IC 7721, étude du potentiel en tungstène du comté de Boulder, Colorado (1955)

•      US Bureau of Mines : Annuaire des minéraux 1958, tungstène

•      MP Materials : Partenariat public-privé avec le ministère de la Défense (juillet 2025)

•      Mission américaine auprès de l’ASEAN : Réunion ministérielle 2026 sur les minéraux critiques

•      govinfo : Proclamation présidentielle de janvier 2026 sur les minéraux critiques transformés

•      CNN, via KION : La guerre en Iran s’intensifie alors que les stocks d’armes américains restent épuisés (12 juillet 2026)

•      Anadolu Agency : La guerre en Iran a révélé des pénuries stratégiques de munitions américaines, selon l’inspecteur général du Pentagone (15 septembre 2026)

•      Foreign Policy : La guerre en Iran, les munitions et les minéraux critiques (5 mars 2026)

•      Fortune : L’armée américaine a consommé la moitié de ses missiles les plus coûteux durant la guerre en Iran (24 avril 2026)

•      Small Caps : La chute des minéraux critiques offre-t-elle une occasion d’achat parmi les valeurs exposées à l’Amérique du Nord ? (octobre 2025)

•      Council on Foreign Relations : Cinq points à connaître sur les élections de mi-mandat

•      Action Network : Prévisions pour les élections de mi-mandat de 2026 : marchés contre sondages

•      Axios : Le Congrès envisage de créer une réserve stratégique de minéraux (15 janvier 2026)

•      Fidelity : La vérité surprenante sur les élections de mi-mandat et les actions

•      U.S. Bank : La performance des marchés actions après les élections de mi-mandat

•      Stacker : Les élections de mi-mandat approchent : comment la Bourse s’est-elle réellement comportée avant et après ces scrutins depuis 1874 ?(8 octobre 2026)

•      The Northern Miner : Les prévisions pour le nickel passent d’une pénurie à un excédent (14 octobre 2026)

•      Equedia : Les plus grands acteurs sont entrés en scène. Et vous ? (25 mai 2025)

•      Equedia : Comment profiter de l’essor des minéraux critiques (1er juin 2025)

•      Equedia : Un marché à mille milliards de dollars sous nos yeux (7 juin 2026)

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